La France s'est-elle réellement inclinée devant Sassou Nguesso?

" La France serait-elle d'ailleurs tout à fait la France, si elle n'avait connu et aimé l'Afrique, mère des continents et terre des premiers hommes? Nous avons besoin les uns des autres". Ces propos de Laurent Fabius, pendant qu'il était président de l'Assemblée nationale française, ont certainement inspiré Emmanuel Macron pour inviter, à l'Elysée, Denis Sassou Nguesso, avec lequel il a échangé  le mardi 3  septembre 2019, sur les dossiers politiques, économiques et sécuritaires, sous - tendus par la signature des accords sur l'enseignement et l’environnement.

Pendant près de trois ans, le pouvoir dictatorial de Brazzaville issu de la présidentielle de 2016, avait du mal à se faire entendre par Paris. Pour faire plier la France, Sassou Nguesso a posé plusieurs actes:

Acte 1 : Il a consolidé ses relations avec la Chine et aidé à implanter dans son pays, la plus grande banque chinoise d'Afrique (BSCA), taxée par les Occidentaux de «  blanchisseuse et de plaque tournante des capitaux non contrôlés ». En sus, il a attribué des contrats tous azimuts dans divers secteurs aux  investisseurs chinois.

Acte 2 : Face aux diktats de l'Union européenne et de la France notamment, qui conditionnent souvent leur coopération et leurs aides à l'application préalable des règles démocratiques (libertés fondamentales, transparence des élections, bref bonne gouvernance), Denis Sassou Nguesso a relancé la coopération Congo- Russie. En témoigne sa récente visite de mai 2019 à Moscou.

Acte 3 : Sassou Nguesso n’a plus "cadeauté"  les centaines d’entreprises françaises que l’Etat congolais doit près de trois cent cinquante millions d’euros; il les a coincés par plusieurs taxes comme le révèle la Lettre du Continent, N°....

Acte 4 : Le 10 août 2019, au cours d'une interview accordée à la presse à Oyo, sa ville natale, Denis Sassou Nguesso  s’est enorgueilli de s’apprêter à exploiter le fameux gisement de pétrole « Ngoki »  découvert par SARPD-Oil, au milieu des tourbières de la Cuvette centrale congolaise et du bassin du Congo (deuxième poumon écologique du monde), au moment où, l'Amazonie brûle et pendant que se tenaient trois grandes conférences internationales : à Biarritz pour G7  et à Dourdan en France sur l'écologie intégrale et aux USA où des reporters de Regarddelynx.com ont participé.

Acte 5: Après la mort d’Omar Bongo en 2009 et de Mobutu en 1997, Sassou Nguesso du Congo et Idriss Deby du Tchad sont suspectés de tirer les ficelles en Afrique centrale, notamment en RCA, où la France a de la peine à se faire remplacer par la Russie qui est en train d'occuper le terrain.

Acte 6: Sassou Nguesso n’a cessé de parler à ses homologues et autres du projet de zapper la monnaie coloniale, le francs cfa, en adhérant à une monnaie convertible avec le Yuan chinois ; ce qui serait un grand manque à gagner pour le Trésor français.

Acte 7 : La société Total s'intéresse au pétrole de la Cuvette centrale. Acte 8 : Sassou Nguesso recontacte son réseau maçonnique français et divers courants politiques franco-belges mais aussi des puissants milieux de la finance comme le confirme le Monde diplomatique dans plusieurs de ses publications. Parmi les membres des réseaux qu'il actionne, on peut citer: le ministre des Affaires étrangères français, Yves Le Drian ; le député Amelia La Krafi, vice-président du groupe France-Congo ; Agnès Pannier - Ronnacher, secrétaire d'Etat dont la famille est en plein dans le business pétrolier depuis des décennies ; Mathieu Pigasse, Dominique Strauss Khan, Laurent Wauquiez, Jean Yves Ollivier, Stephan Fanks,  Nicolas Sarkozy, Hervé de Charrette, etc, ainsi que que les présidents Ouattara, Alpha Condé, Mamadou Issoufou et Macky Sall, très écoutés par l'Elysée.

Acte 9 : Hugues Ngouélondélé, ancien  chargé de missions d'Omar Bongo Ondimba et de son gendre, ex Vice-président des maires francophones pendant des années, affilié des réseaux du « Vivre ensemble » et autres dans le monde s’est joint à d'autres apparatchiks du pouvoir de Brazzaville  pour mettre en chantier et blanchir le blason de Sassou Nguesso.

Les résultats des actions

La somme des actions menées par Denis Sassou Nguesso ont fait fléchir Paris qui voit en ce chef d’Etat un incontournable acteur. D'emblée, la France a donné le feu vert à la signature le 11 juin 2019 d'un vaste programme des Facilités entre le Congo et le Fonds monétaire international: le verrou a ainsi sauté et Sassou peut jubiler surtout que son pays ne se trouve pas dans le pré carré américain, donc il n’a plus d’ obstacles. Dans la foulée, il a été invité officiellement à l'Elysée. Ce voyage a été ficelé avec beaucoup de dextérité. Sassou Nguesso a donné son quitus à ses hôtes en refusant de se faire accompagner de boules puantes comme Bruno Jean Richard Itoua, Claudia Lemboumba Sassou Nguesso et Henri Djombo, qui sont dans le collimateur, soit de la justice ou de trois cent journalistes d'investigations, ou des Ong qui luttent contre le pillage des deniers publics, ou dans le viseur de Tracfin et autres. Sur instruction de Sassou Nguesso (qui agit toujours en cachette), Florent Tsiba, remplace ces trois mousquetaires qui devraient défendre les dossiers de leurs départements par les ministre Rosalie Matondo de l’économie forestière, Anatole Collinet Makosso de l’enseignement primaire et Arlette Soudan Nonault du tourisme.  Sans trop de peine, la France valide la liste d'une équipe très réduite et de ministres qu'elle trouve plus clean.

Du séjour  dans l’hexagone

Denis Sassou Nguesso est arrivé et reparti au bercail sur la pointe des pieds avec une très petite équipe. Selon nos informations, certaines activités prévues pour la circonstance à l’ambassade du Congo à Paris n’ont pu se tenir à cause de l’absence de Jean Claude Gakosso qui n’a pu tenir la réunion prévue à l’ambassade. De même, la diaspora opposée au régime de Brazzaville n’a pu mobiliser ses lieutenants pour humilier Denis Sassou Nguesso par des marches et autres comme annoncé précédemment.

Pendant que l'Opposition et la Diaspora baissent les bras et pensaient que Sassou ne serait pas reçu par Macron, surtout que l'agenda de l'Elysée n'affichait pas la rencontre, le pouvoir de Brazzaville, par le biais d’Arlette Soudan Nonault, Jean Claude Gakosso et Bienvenue Okiemi,  a « matché » fort au Quai d'Orsay, dans le monde médiatique et chez les écolos. Mais jusqu'à l'arrivée de Sassou à Paris, le Quai d’Orsay n’avait validé qu’un seul accord le soir du dimanche 1er septembre. Accord lié sur  l'Enseignement, piloté personnellement par Collinet Makosso. C'est à quelques heures seulement de la rencontre bilatérale que les accords sur l'Environnement et l'Ecologie ont été finalisés. Prélude à cette rencontre, l'Opposition congolaise avait  tenté de faire passer les dossiers des prisonniers politiques comme André Okombi Salissa, Jean Marie Michel Mokoko, etc.  Mais ces dossiers, nonobstant le  bruit fait çà et là, n'ont pas abouti à cause de la commission préparatoire française de cette rencontre qui avait rejeté la demande faite par le gouvernement congolais d'arrêter les poursuites judiciaires contre les dignitaires congolais.

Grande victoire pour la jeunesse avec l’accord sur l’Enseignement

La formation des formateurs permettra de former des cadres dignes de ce nom aux têtes bien faites et bien pleines dont parlait Hamadou Ampate Bâ. Des cadres qui ont des valeurs, des véritables patriotes et bosseurs et non ceux par exemple qui sont dans les extrêmes. Qui prennent tantôt des avions pourris ou très coûteux en leasing fut-il pour un chef d’Etat pendant que les étudiants, les retraités, les opérateurs économiques et compagnies broient le noir.

Il sied de dire que par cet accord, c’est le peuple qui a gagné car depuis le 3 septembre, les étudiants congolais n’auront plus besoin de passer par des écoles préparatoires en France pour accéder dans des grandes écoles et universités. Tout se fera sur place.   Si le peuple congolais  a gagné par l'accord sur l'Enseignement,  sur le rejet de la demande d’abandon des poursuites judiciaires contre les dignitaires de Brazzaville et leurs rejetons, il y’a lieu d’affirmer par ailleurs que la France s'est inclinée devant Sassou Nguesso. Avait-elle tort ? Elle a placé les intérêts économiques, diplomatiques et ceux de la France au-dessus d’autres considérations. Aux Congolais de bâtir des vraies stratégies pour changer la donne et de s'unir pour penser Nation.

Ghys Fortune BEMBA DOMBE

  • 26 September 2019 | 10:09