Les pluies diluviennes au Congo

Le Congo, cette  année, est sous l'effet des précipitations, au dessus de la normale. Des pluies abondantes, à la limite d'un phénomène exceptionnel, le pays,en climat équatorial, vivant au rythme de leur régularité  et de  hautes  températures. Conséquences  de  ces  pluies, en  plusieurs endroits de l'espace national, les congolais ont les pieds dans l'eau, avec  tous  les  désastres  que comporte  une  telle  situation. Les voies de circulation, dans les villes congolaises, particulièrement  Brazzaville, Pointe Noire, Dolisie, Imphondo et Ouesso, se sont crevassées, sur  plusieurs tronçons. Il en est, de même, sur les routes nationales et annexes. Des images de véhicules  engloutis  dans les trous qui  s'y  sont ouverts, font  le tour des réseaux  sociaux.  La  place de ces voies, sur les économies des villes et  de l'hinterland, s'est ainsi  affirmée. Leur  vulnérabilité constituant  un enjeu fort, d'autant  que leur destruction a un impact direct  sur les populations, leurs  activités, et  sur  les services de transport. Des domiciles touchés par les inondations sont, certains inhabitables, les dégâts étant  irrémédiables. La solution  consistera à les quitter  pour d'autres logements dont  les chances d'acquisition ou de location sont minces, en raison des coûts élevés dans un pays où les signes de baisse de l'activité économique sont visibles. Des maisons endommagées,pourraient être réhabilitées, avec quelques travaux de consolidation. Ici également, la solvabilité des propriétaires est une possible inconnue. Sur le plan moral, les inondations de résidences sont douloureuses. Elle entrainent la destruction de biens d'équipement et d'objets sentimentaux, telles les  photos, des  pièces d'art, susceptibles de causer  des traumatismes. Aussi  bien, en  ville qu'à l'intérieur  du pays, les petits commerces affectés par les eaux sont détruits, leurs tenants ruinés. Beaucoup auront du mal à se relancer, le matériel d'exploitation ou les stocks de marchandises, selon les  cas,  à  l'état  hors d'usage.

N'en  sont  pas épargnés les agriculteurs.  Aussi  bien  ceux  qui pratiquent  la production maraichère en ceinture péri -urbaine que ceux qui se livrent, en campagne, à la culture  sur  brûlis. La dévastation de leurs  champs  pourraient  les  plonger  vers  la ruine.  Les  cultures  représentent  la  quasi  totalité des leurs revenus. Les  terrains  inondés, dans les arrondissements de Brazzaville et Pointe Noire, dans des  localités des régions de la Cuvette, de la Likouala, de la Sangha et du Kouilou, en zones riveraines et  sur les terres fermes ont attristé bien d'âmes  qui, en désespoir de cause, ont  amassé  une provision d'enseignements pour le reste  de leurs vies. Les quelques fermes d'élevage d'animaux et de volaille, mal  loties et mal  structurées ont dû en souffrir. Par  l'étendue des dégâts que les eaux pluviales occasionnent sur  les  voiries  urbaines, les habitations et sur les terres de l'intérieur du pays, l'enfant des rivières Alima et Nkéni que je suis, interpelle, ici, les autorités congolaises. Depuis quelque temps, le Congo a fait de son penchant, pour les questions écologiques et environnementales, une préoccupation nationale. Il marque sa présence à toutes les rencontres internationales sur ces problématiques qui sont de nouveaux enjeux, telles aux COP 21 et  COP 25.  Il saisit  l'occasion  des tribunes qui  s'offrent à lui  pour  faire la promotion du Fonds Bleu  dont  il est l'initiateur. Poussées par cet élan écologique, les autorités congolaises savent que la ville durable nécessite des voiries adaptées à ces nouveaux enjeux pour mieux répondre aux besoins d'une vie urbaine plus solidaire et plus respectueuse de l'environnement. Elles savent également que la dégradation des sites urbains par les érosions et d'hasardeux travaux   d'équipement  sur des terrains  fragiles  rendent aléatoires, sur ces  espaces, des investissements qui pourraient être l'un des moteurs des économies urbaines. Sans compter que le laisser aller de l'occupation inadaptée des pentes est un financement  à  perte, à plus ou moins, long terme. L'étalement des villes congolaises et  la massification de leurs   citoyens génèrent d'importants défis que  le pouvoir  congolais  n'affronte  pas  raisonnablement. On s'y interroge. Les services d'Etat  des  Grands Travaux, en charge de ces questions, semblent  ne pas en percevoir  l'intérêt  pour une vie saine des citadins. Or, l'efficacité des équipements urbains est une condition préalable à la productivité des activités  économiques et  culturelles  implantées dans les villes congolaises. Des villes, de plus en plus peuplées et étendues qui ne connaissent  pas des transformations aigues, en dehors de l'extension des propriétés bâties individuelles qui sont le fait des gens du pouvoir et autres privilégiés agrippés à ceux ci. Ceci étant, des remises en cause deviennent urgentes dans les infrastructures du paysage  urbain,  aussi bien dans les agglomérations de Brazzaville et Pointe Noire que dans les villes secondaires. La circulation  est à rendre plus fluide. Parer aux inondations. Revoir les travaux de voiries là où celles ci ont été effectuées sans bonnes études préalables. S'employer à sauver les espaces d'envergure qui  s'avarient où la réhabilitation n'a jamais été une préoccupation.

En clair, au regard des dégâts présents et avenir dûs aux eaux  de pluie,  les  gouvernants  doivent  se tourner  vers un programme urbain de travaux essentiels en matière de voirie et d'assainissement pluvial des villes. A ce  programme doivent s'ajouter les réformes profondes dans les secteurs clés de la vie socio économique nationale. Des réformes qu'attendent toujours les populations pour en finir avec leurs souffrances qui perdurent. Dans un pays comme le Congo où les lourdeurs administratives, les phénomènes de corruption, la persistance de schémas conservateurs de commandement handicapent le progrès, les réformes justes sont un des facteurs de modernisation. Dès lors que les réformes marquent le pas ou trainent à être mise en oeuvre, les peuples en deviennent, par leur combat pour le changement, l'élément déclencheur aux fins de les activer. C'est le sens donné aux légitimes contestations populaires contre les pouvoirs établis en Algérie,en Tunisie, au Soudan, au Chili, en Irak, en Bolivie. En France, le Mouvement des Gilets Jaunes et la grève illimitée des travailleurs des secteurs publics et privés, lancée, ce jeudi  5 décembre 2019, à propos de la question des retraites, sont, l'un et  l'autre, dans son  cas, des formes de  remise en cause des choix du pouvoir du Président Emmanuel  Macron. 

Peut  être  faudrait il  que les Congolais, ne crachant pas sur ces épopées françaises,en tirent des leçons. 
Dans l'entre temps, le pouvoir de Brazzaville est face à une obligation de solidarité.  Les sinistrés des inondations et des pluies diluviennes ont des raisons d'être secourus, à la hauteur des préjudices subis. C'est là une occasion patriotique de prouver aux Congolais que leur argent leur appartient.

Ouabari Mariotti

  • 06 December 2019 | 10:12