La lèpre : maladie oubliée en pleine résurgence

A force de concentrer les efforts sur des pandémies ravageuses à l’instar du Vih/Sida, de la Tuberculose, du paludisme et des cancers, l’humanité semble oublier certaines maladies plus anciennes. C’est le cas de la lèpre, cette maladie infectieuse chronique provoquée par le bacille Mycobacterium leprae, selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), qui est acido-résistant et de forme allongée. La Lèpre touche principalement la peau, les nerfs périphériques, la muqueuse des voies respiratoires supérieures ainsi que les yeux.

Origines

Plusieurs théories avancent des origines différentes de la lèpre.  Certains scientifiques soutiennent que la maladie est apparue en Inde, a immigré à travers les guerriers de Darius et d'Alexandre le Grand pour quitter la Chine, le Japon, avant d’atteindre les continents les uns après les autres. Les grandes invasions auraient favorisé sa propagation à travers le monde. Avec Alexandre, elle est arrivée au Proche-Orient et en Égypte. De là, elle a pu conquérir l'Afrique. D’autres chercheurs affirment par contre que l’Afrique serait le berceau de la Lèpre. La probabilité de son apparition en Inde est plus forte dans la mesure où des chercheurs ont découvert dans les années 2000, un squelette humain portant des séquelles de la maladie et d’après leurs recherches, la lèpre existait déjà depuis 4.000 ans en Inde. Avec le temps, la maladie est entrée en Europe qu'elle a conquise petit à petit et, depuis, elle sévit dans le monde entier.

Comment se manifeste la lèpre ?

La manifestation de la lèpre commence par une ‘‘lépride’’ indifférenciée. Il s’agit en effet,  des lésions cutanées, non spécifiques, sèches (anhidrose) bien limitées et planes. Celles-ci peuvent être précédées de sensations de picotements. Au niveau des lésions de la peau, le patient présente une anesthésie cutanée, c’est-à-dire devient insensible à la douleur et à la chaleur. Traitée à temps, la lèpre disparaît au bout de 2 ans. Non traitée, la maladie se développe vers la lèpre indéterminée et va évoluer différemment selon la résistance du sujet vers la lèpre "tuberculoïde" non contagieuse  ou la lèpre "lépromateuse" contagieuse.

La première est la forme du sujet résistant avec allergie cutanée à la lépromine, tandis que la seconde  est la forme du sujet non résistant et fragile. Ici, les signes généraux sont importants comme les lésions cutanées à savoir les "lépromes". Il s'agit de macules infiltrées et luisantes. Les lépromes papulo-nodulaires touchent le front, les arcades sourcilières, les oreilles, le menton, les membres etc... jusqu’à l’effondrement de la cloison nasale. Les atteintes neurologiques sont des névrites hypertrophiques et douloureuses. L'atteinte des muqueuses est constante. La rhinite lépreuse est évocatrice avec jetage purulent et hémorragique. Le cartilage et les os peuvent être atteints.

Situation de la lèpre dans le monde

Selon les estimations de l’OMS, il existe aujourd’hui 2,8 millions de lépreux dans le monde.  Contrairement à ce que l’on pense, l’Afrique n’est pas le premier continent où sévit la maladie. Selon le relevé épidémiologique hebdomadaire de l’OMS, publié le 2 septembre 2016, c’est l’Asie du Sud-est qui a enregistré plus de nouveaux cas avec 156 118  en 2015, suivie des Amériques avec 28 806 cas. L’Afrique est classée 3ème avec 20 004 cas. Le Pacifique occidental a enregistré quant à lui 3 645 cas, la Méditerranée orientale, 2 167. L’Europe a presque gagné la bataille contre la lèpre, car en 2015, seuls 18 nouveaux cas étaient enregistrés. En somme, la maladie recule, car ces vingt dernières années, plus de 12 millions de lépreux ont été guéris à travers le monde et la maladie a été éliminée dans 108 des 122 pays où elle était considérée par l’OMS comme problème de santé publique.

Les pays les plus touchés

L’OMS dénombre 14 pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine les plus touchés dans le monde. En Afrique, la situation est bien plus sérieuse en République démocratique du  Congo (RDC) et au Mozambique. Ces deux pays font partie des six pays (Inde, Brésil, Indonésie, Népal) qui comptent à eux seuls 83% de la prévalence mondiale et 88% des nouveaux cas annuels dans le monde. En RDC par exemple, 2018 a été une année catastrophique, dans la mesure où 1505 nouveaux cas ont été enregistrés dans la seule province de la Tshopo, berceau de la maladie dans le pays, sur 5000 nouveaux cas enregistrés dans l’ensemble du pays. Au Mozambique, selon les données du Ministère de la Santé, 2 000 nouveaux cas de lèpre ont été recensés en 2017, soit 25 % de plus par rapport à 2016. Une recrudescence préoccupante,
A Madagascar, si dans les années 2000, l’on dénombrait moins de 5000 lépreux, à partir de 2016, on compte désormais 1700 nouveaux cas de plus chaque année.

La lèpre reste endémique dans de nombreux autres pays d'Afrique comme l'Angola, la République Centrafricaine, la Tanzanie et le Bénin. Au Congo-Brazzaville, c’est dans le département de la Likouala, à l’extrême Nord, que la maladie présente quelques poches de résistance particulièrement au sein des communautés autochtones. L’Inde citée comme point de départ de la maladie n’en est pas encore sortie. Chaque année, elle enregistre à elle seule, la moitié des nouveaux cas mondiaux, soit 100.000 personnes.

Maladie difficile à éradiquer

Maladie silencieuse, oui ! La lèpre est un danger qui range le corps humain progressivement et très lentement sans présenter aucun signe extérieur.  Sa période d’incubation est très longue et peut durer jusqu’à 5 ans. Les symptômes de la maladie peuvent apparaître au bout de 20 ans. De la période de l’intrusion de son agent pathogène à la manifestation visible de la maladie, il s’écoule des années durant lesquelles le malade qui s’ignore peut contaminer de nombreuses personnes saines. Car elle demeure une maladie interhumaine. De même, la lèpre est encore perçue comme une maladie de la honte. La discrimination et la stigmatisation qui s’en suivent font que le malade se recroqueville dans son coin, sans bénéficier du traitement d’attaque, ce qui aggrave encore la situation.

Ce sont les quelques raisons pour lesquelles les scientifiques ont du mal à l’éradiquer complètement.

Bien que pour l’éradiquer, l’OMS met en place depuis 1991, des stratégies quinquennales de lutte contre la maladie. L’actuelle Stratégie mondiale de lutte contre la lèpre (2016-2020) vise, par exemple, à parvenir plus rapidement à un monde sans lèpre grâce aux actions de prévention mais surtout à l’efficacité du traitement préconisé depuis 1981 par l'OMS qui repose sur la polychimiothérapie (PCT).

Edmond Bertier BATEBI YENGUE

 

 

  • 22 July 2019 | 14:07