Rapports ambigus entre la France et ses ex- Colonies

Depuis la montée en puissance de la Chine et le retour de la Russie en Afrique au sud du Sahara, les dictateurs et leurs clans se voient requinqués et pensent se démarquer de la France. Des voix s’élèvent de plus en plus pour dénoncer les interventions militaires françaises comme celle qu’elle avait menée  en Libye en 2011, et qui est à la base de la déstabilisation d’une grande partie de l’Afrique, ainsi que celle qui venait de sauver  le régime d’Idriss Déby, au Tchad, en 2019, contre un complot mené depuis le nord de ce pays. Les discours du Front National, tenu en France entre 2012 et  2015, pour décrier la Françafrique, et celui des sommités italiennes réconfortent les Africains, qui ne fabriquent rien, mais fustigent  la France où ils envoient leurs enfants pour les études et partent se soigner.

Pendant la campagne électorale pour la présidentielle  de 2012, la présidente du Front National (FN),  Marine Le Pen, parlait du francs CFA et déclarait   « Il faut qu’on arrête la Françafrique. Qu’on permette aux peuples africains et français de profiter, chacun,  de ses propres richesses et qu’on ne participe pas à la corruption généralisée,  de leurs élites respectives ».

En effet, deux principales causes de pauvreté sont aujourd’hui dénoncées par les économistes des pays africains anciennement colonisés par la France, à savoir : l’usage du Franc CFA et l’exploitation des matières premières. S’agissant du FCFA, plusieurs économistes de ces pays considèrent cette monnaie arrimée à l’Euro comme une survivance du colonialisme. D’ailleurs, il n’y a pas que les Africains qui dénoncent l’usage du FCFA. Le 20 janvier 2019, le président du Conseil italien, Luigui Di Maio, a déclaré  que « la France impose le FCFA dans ses ex-colonies pour financer une partie de sa dette ». Cela est une évidence quand on sait que la  convertibilité des revenus des transactions commerciales des matières premières  de ces ex-colonies avec leurs partenaires passe par la France. Trop c’est trop ! Les gouverneurs des banques centrales et les ministresn des Finances de la zone Franc et des autres pays d’Afrique de l’Ouest, réunis mardi 18 juin 2019 à Abidjan,  ont proposé aux chefs d’Etat de créer une monnaie unique appelée Eco,qui sonnera le glas du FCFA.

Quant à la seconde principale  cause de pauvreté, relative à l’exploitation des matières premières,  plusieurs pays anciennement colonisés par la France, comme le Gabon, le Cameroun, le Congo, etc. , ont longtemps été trompés par l’ex-multinationale  française ELF ( devenue TOTAL) et bien d’autres sociétés, avec la complicité des dictateurs africains, comme ne cesse de le témoigner Loic Le Floc prigent, ancien patron de ELF,  dans son ouvrage « Affaire ELF, Affaire d’Etat » et cohorte. El,f par exemple, cachait la réalité du nombre de barils produits et vendus. De surcroit, les cours du baril sont fixés par les étrangers. D’où, l’exigence de transparence,  en 1992, par le président Pascal Lissouba, à son arrivée au pouvoir, au Congo-Brazzaville, et sa décision de revoir le Contrat de partage de production (CPP).

A quand l’inversion de cette tendance ?

Pour ne plus coopérer dans un marché  de dupes, avec l’Occident en général et avec la France en particulier, les ex-colonies françaises s’organisent peu à peu pour une coopération Sud-Sud « gagnant-gagnant » avec des pays émergents comme le Brésil, l’Afrique du sud, la Chine, la Russie. Ces ex-colonies rappellent ainsi à la France que Victor Schoelcher,  tirant les  conséquences de l’esclavage et de la traite négrière sur le développement  de ses colonies, avait aboli ces deux fléaux en 1948. La France d’Emmanuel Macron devrait se préparer à abolir,  à partir de 2020, son système d’exploitation dénoncé par plus d’une personne, qui consiste à sucer les mamelles de la pauvre  Afrique. S’il est vrai que le parti de Marine  Le Pen et les Italiens semblent prendre faits et cause pour les Africains, cependant, ils sont cités dans plusieurs scandales qui défraient la chronique en Afrique.  Les mercenaires du Département de la protection de la sécurité de Le Pen, qui ont été aperçus  pendant les violences enregistrées aux Comores en  1995, dans l’ex-Zaïre en 1996, au Congo-Brazzaville entre 1997 et 1999, en sont des exemples éloquents,  et que dire des Italiens cités  dans de nombreux scandales pétroliers au Congo ?

Il faut  dire, haut et fort que le salut des Africains ne viendra pas de la Chine,  encore moins de la Russie ni du Brésil, pays dont les dirigeants  se comportent en néocolonialistes et  viennent donc à la rescousse des dictateurs africains. Dommage que les Africains ne comprennent pas que  la Chine et la Russie font pire que la France,  n’offrent aucune garantie des futurs contrats léoniens qu’ils signent avec par les  même dictateurs africains qui tentent aujourd’hui de faire chanter la France. Les Africains doivent prendre d’abord conscience, ensuite, aimer leurs pays et leurs compatriotes,  pour penser développer leur continent.

Nous osons croire qu’Emmanuel Macron, qui n’est pas mouillé, pour l’instant, dans les scandales de la Françafrique, se mettra toujours du côté du bas peuple, en continuant à faire respecter les droits élémentaires des citoyens africains et en faisant appliquer, dans la durée, les instruments juridiques internationaux, base du développement et des échanges entre les nations du monde.

Capitaine R.Lefort PATRICK

  • 22 July 2019 | 14:07